Didier Cuche dans la 'zone'. startlist résultats 29/01/2011,21:46

C'est un coureur en état de grâce qui a triomphé samedi après-midi sur la 'Verte des Houches' pour devenir le premier skieur suisse à enlever la superbe descente du Kandahar organisée dans la vallée de Chamonix depuis 1948 ! Une semaine après son remarquable 'coup' de Kitzbühel où il s'imposait pour la quatrième de sa carrière comme à leur époque les grands champions autrichiens Karl Schranz et Franz Klammer, Didier Cuche à survolé les débats à 'Cham' pour devancer nettement ses plus proches rivaux, en l'occurrence le jeune Italien Dominik Paris et le vainqueur de Wengen, Klaus Kroell. Pourtant il ne donnait lui-même pas cher de sa peau avant de s'élancer à son tour après une très longue interruption de course due à la mauvaise chute du sympathique Canadien Manuel Osborne-Parais, qui se fractura malheureusement le péroné de la jambe gauche au cours de son accident.

Et comme ce fut le cas sur la 'Streif' samedi dernier, le Neuchâtelois s'est tout de suite donné les moyens d'aller au bout de lui-même pour essayer de finir une fois encore dans le trio de tête sans trop se préoccuper de la victoire d'étape qu'il ne pensais plus vouloir acquérir en raison de l'impressionnante et surprenante prestation de Paris. Prenant tout de suite de grands risques, Didier améliorait nettement tous les temps de passage du skieur du Haut Adige (le nom 'italien' du 'Sud Tyrol') pour le devancer finalement de 67/100 de seconde¨

Didier était étonné.

« J'ai eu du mal à le croire, j'étais étonné quand j'ai vu le temps dans l'aire d'arrivée, je pensais vraiment que le temps de Paris était hors d'atteinte pour les skieurs partant derrière, et c'est pour cela que j'étais si content » disait le vétéran suisse à l'arrivée. « Dominik avait amélioré son temps d'entrainement de six secondes et battait de trois secondes le meilleur temps de Klaus Kroell de hier, c'était quand même impressionnant. Je ne voyais pas où et comment je pourrais réaliser une performance comparable et faire mieux. Mais je sentais en cours de route que cela se passait quand même très bien pour moi et que je parvenais à parfaitement suivre la ligne que je m'étais fixée le matin même lors de la reconnaissance. Mes skis étaient très vite, j'utilisais la même que le premier jour d'entrainement alors que ceux de hier avaient trop de 'grip'. J'en profite pour remercier mon serviceman qui m'a préparé des skis aussi performants alors qu'il souffrait d'une mauvaise grippe qui l'avait cloué au lit depuis le début de la semaine. Bravo ! »

« J'avais évidemment très confiance en moi après ma belle victoire de Kitzbühel, mais je dois faire attention car aujourd'hui j'ai une fois encore évolué à la limite, il ne faut pas exagérer et vouloir trop en faire. Si vous en parlé avec Ivica Kostelic, il vous dira la même chose que moi, on se sent toujours plus fort et plus sur de soi, on réfléchit moins en trajectoire. J'étais proche de la perfection cette fois-ci, je ne sais pas où je pourrais faire mieux. On ressent une émotion indescriptible quand on skie comme cela. »

« Quand cela passe, on est vite ! »

« Quand on y va, on n'y va pas avec le dos de la cuillère, et quand ça passe, on va vraiment très vite, maintenant à moi de ne pas outrepasser mes propres limites » commentait encore le Romand qui s'est hissé sur le podium dans toutes les trois 'Classiques' du mois de janvier. « Je me sentais aussi très serein lors de ma course ce qui m'a aidé à produire un ski très engagé, mais également très souple et très décontracté. Je sentais que j'avais un touché de neige précis et doux. Quand on va vite, il ne faut pas chercher pourquoi, sinon on se crispe. Il faut juste en profiter à fond. »
Ce nouveau succès – son 16ème en Coupe du Monde – renforce à nouveau sa position de leader dans le classement de la descente alors qu'il reste encore trois courses sur le programme au mois de mars – deux épreuves à Kvitfjell, en Norvège, et puis celle de la Finale de Lenzerheide. « C'est une bonne chose mais je ne suis pas au bout de mes peines, personne ne me fera de cadeaux. D'ailleurs je préfère me concentrer sur mes prochains rendez-vous, notamment les courses d'Hinterstoder en Autriche, puis celles de Garmisch-Partenkirchen. »

Champion du monde du Super-G à Val d'Isère voici deux ans, Didier se présente à nouveau comme le skieur à battre dans les disciplines de vitesse en Bavière, mais fort de son expérience et de sa capacité à relativiser et à faire la part des choses, il ne veut pas faire de plan sur la comète au sujet de ses chances de victoires dans quinze jours. « J'étais déjà souvent favori dans les grands rendez-vous, pas plus tard qu'il y a un an à Vancouver après mon beau doublé de Kitzbühel, donc j'aborderai ces courses sans penser à autre chose qu'à skier aussi bien que possible » expliquait-il en conférence de presse.

Une marge étroite.

« Je peux déjà dire que je ferai évidemment le maximum pour réaliser de bonnes courses à Garmisch-Partenkirchen, mais que ma vie ne s'arrêtera pas pour moi si je devais passer à côté, j'ai déjà si souvent fait 2ème ou 4ème dans ma carrière. Il y a des choses bien plus graves qui peuvent arriver dans la vie. »
Didier Cuche avait déjà tenu un discours similaire voici deux ans après son triomphe de Val d'Isère, faisant alors allusion à l'accident spectaculaire dont avait été victime son camarade Daniel Albrecht à Kitzbühel trois semaines plus tôt. « La marge séparant le triomphe du désastre est vraiment infime, il ne faut jamais oublier cela » avait il notamment précisé dans les heures qui ont suivi son exploit. Le Suisse, qui a lui-même du surmonter des instants très pénibles dans sa longue carrière, notamment sa grave blessure à un genou touché en janvier 2005, veut rester détaché face aux véritables tragédies qui frappent parfois ses collègues ou ses proches, qu'il s'agisse de graves accidents ou de sérieuses maladies. Cet état d'esprit et ce regard presque détaché qu'il porte sur son activité rendent Didier Cuche particulièrement attachant – et aussi efficace quand il se déplace à plus de 100 km/h sur une paire de skis sur des pistes vertigineuses ou verglacées ! Patrick LANG

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