Bienvenue au bout du monde ! 28/11/2009,17:08

- Carnet de route - Lake Louise - Je ne veux vexer personne, mais c'est bien le cas pour les environs du Château Lake Louise, ce magnifique Fairmont Hôtel, le QG de la Coupe du Monde pendant cette quinzaine canadienne. Construit voici bien longtemps au bord du superbe Lake Louise par la société de Chemin de Fer 'Canadian Pacific' qui y faisait venir des clients des quatre coins du continent dès le 19ème siècle, le Château Lake Louise accueille tous les voyageurs de la Coupe du Monde lors de son passage dans la région.

Maintenant les voyageurs viennent en voiture et la gare du petit village érigé plus en contrebas est maintenant un (excellent) restaurant très accueillant. Seuls des trains de marchandises se rendant sur la côte ouest passent encore sur les interminables voies ferrées traversant tout la région, pays d'est ou ouest. On se sent vraiment loin de tout ici ! La proche ville de Banff, à moins d'une heure de route, est bien plus active avec ses nombreuses boutiques et bistrots attirant de nombreux touristes pendant la haute saison ou en été, quand les 'Rocheuses Canadiennes' sont en fait le plus visitées. La Coupe du Monde y a déjà fait étape en 1972, le Polonais Andrzej Bachleda, alors très proche de l'équipe de France, y enlevait même sa première grande victoire.

La Coupe du Monde vient depuis mars 1980 à Lake Louise, lorsque la descente annulée un mois plus tôt à Chamonix y fut organisée au dernier moment sous l'insistance des coureurs canadiens, les fameux 'Crazy Canucks', qui tenaient à enfin briller devant leur public. Ken Read, vainqueur à Kitzbühel et Wengen cet hiver-là, était alors encore en lice pour enlever le classement Coupe du Monde de la spécialité, mais celle-ci revint finalement au Suisse Peter Müller, plus constant sur l'ensemble de la saison. L'Italien Herbert Plank s'imposait pour sa part dans l'épreuve disputée devant près de vingt milliers de spectateurs. Grâce à l'important support financier du sponsor principal de l'équipe canadienne, 'Molson', la Coupe du Monde revint encore souvent dans l'ouest du pays, notamment à Nakiska, Panorama et Whistler Mountain, où se disputeront les prochains JO en février 2010.

Un décor majestueux.

Les coureurs apprécient le calme de Lake Louise et le décor majestueux des montagnes entourant la vallée allant de Banff à Jasper. Le tracé de la descente n'est pas très difficile mais toujours bien préparée, idéale en fait pour le début de la saison, une semaine avant la plus sélective piste 'Birds of Prey' de Beaver Creek. Les quelques journalistes présents à Lake Louise ne les dérangent guère si bien qu’ils sont nettement plus décontractés et disponibles que d'habitude. Marco Buechel, qui entame sa toute dernière saison, a même emmené sa femme à qui il veut montrer la petite station de ski où il a enlevé une des deux victoires en descente. "Je veux en profiter autant que possible jusqu'au bout et emmagasiner un maximum de souvenirs, je vais même acheter une petite caméra que je vais donner à ma femme."

Une agréable journée attendait le skieur du Liechtenstein qui reste le plus vieux vainqueur d'une course Coupe du Monde. Il avait près de 37 ans en janvier 2008 quand il gagnait le Super-G de Kitzbühel. Après l'entrainement de vendredi, il est parti se promener autour du lac Louise avec sa femme et un chien mis à disposition par l'hôtel. Il s'agit de 'Sonny', un magnifique Golden Retriever de trois ans, qui dispose de sa place au milieu du salon d'accueil ainsi que d'une 'secrétaire' chargée de gérer son programme. Sur la carte de visite de 'Sonny' on peut lire 'Director, Pet Relations' et il a même son adresse email (sonny.louise@fairmont.com)!

"Les clients qui n'ont pu emmener leur propre chien ou les visiteurs n'en ayant pas mais qui aiment les animaux sont tout heureux d'avoir l'occasion de faire une balade dans les environs avec Sonny qui est très doux et gentil" m'explique gravement le concierge de l'hôtel. "Il est devenu très populaire et nous recevons de nombreuses demandes pour lui."

Les Canadiens sont tendus.

Les plus tendus ici sont certainement les coureurs canadiens qui sont à la fois très motivés mais aussi un peu énervés de courir devant leur public sous les yeux d'une presse nationale très attentive à deux mois de JO. Le groupe des 'Canadian Cowboys', c'est la nouvelle appellation des héritiers des 'Crazy Canucks' est, il est vrai, compact et très ambitieux. Courir à Whistler Mountain en février prochain est le principal objectif de la demi-douzaine de coureur de premier plan emmenés par le champion du monde en exercice, John Kucera, vainqueur surprise à Val d'Isère et ancien vainqueur d'un Super-G à Lake Louise. A ses côtés, Manuel Osborne-Paradis, Erik Guay, John Hudec, vainqueur de la descente voici deux ans quelques mois après avoir enlevé la médaille d'argent à Are ainsi que le jeune Robby Dixon viseront aussi la qualification olympique en descente.

Mais en vérité la principale préoccupation des coureurs présents à Lake Louise concerne les conditions de course qu'ils devront affronter cette fin de semaine. Ils espèrent tous qu'il fera beau et que les conditions seront enfin régulières, ce qui ne fut que rarement le cas ces dernières années. Des rafales de vent, des chutes de neige ou des nappes de brouillard flottant sur la piste ont plus d'une fois faussé les résultats, les favoris terminant parfois loin du podium alors que des jeunes comme Carlo Janka l'an dernier se mettaient en évidence avec des dossards élevés.
Kostelic, sans peur et sans reproche.

Le leader de la Coupe du Monde, Ivica Kostelic, 2ème à Levi voici deux semaines, aime courir sur la 'Piste Olympique', où il a déjà brillé sur le circuit Nor-Am voici quelques années. Accompagné de sa championne de soeur, Janica, et de son entraineur de père, Ante, 'Ivo' fera de son mieux pour défendre sa position de leader avant la prochaine étape américaine de Beaver Creek. Souffrant d'une mauvaise blessure au dos dans la seconde partie de la saison passée, l'ancien champion du monde de slalom (2003) dut faire l'impasse sur les Mondiaux de Val d'Isère et n'a pas pu défendre ses chances de victoires finales dans de bonnes conditions par la suite.

La douleur est maintenant sous contrôle au prix d'un effort permanent au niveau de sa préparation physique, mais Ivica n'est pas à l'abri d'une soudaine rechute. Le skieur de Zagreb affronte ces problèmes avec son flegme habituel, habitué qu'il est d'avoir mal quelque part depuis des années. "L'important pour moi est de ne pas rester trop longtemps immobile, surtout pas assis " m'expliquait-il voici quinze jours dans l'avion qui nous ramenait de Levi, au Finlande.

Janica a toujours admiré son frère qu'elle accompagne désormais sur le circuit masculin. "En tant qu'ancienne skieuse, je sens les choses différemment que les entraîneurs, je pense être en mesure de donner parfois des conseils plus précis et plus utiles à Ivica" me révélait-elle à Levi où sa vision de la course a semble-t-il aidé son frère à mieux gérer la difficile partie finale de la seconde manche que à contrario des favoris comme 'JB' Grange ou Julien Lizeroux. La lutte pour la grande Coupe du Monde représente presque la conquête du 'Graal' pour Ivica qui a toujours désiré devenir un champion polyvalent. Une série de graves blessures à la fin des années 90 ralentissait sa progression, mais ne l'empêchait pas d'exploser ensuite sur le devant de la scène en novembre 2001, quand il triomphait à Aspen avec le dossard 64 ! Vainqueur du classement Coupe du Monde de slalom en mars 2002, il était sacré champion du monde de slalom comme Janica en 2003 à St Moritz !

"Ivica un coureur sans peur et sans reproche, c'est un véritable chevalier" estime de son côté Ante, féru d'histoire médiévale. Il sait de quoi il parle, ses connaissances de l'histoire de France épateraient certainement plus d'un, même en France, pays qu'il a longtemps habité dans les années 60 à l'époque où il jouait au handball avant de devenir entraineur à Cannes. "Je rentrais souvent à Zagreb, ce qui n'était pas facile à l'époque car il n'y avait pas autant d'autoroutes que maintenant" se rappelle-t-il. "Je conduisais de petits bolides, comme la Simca Rallye."

Ante parvient à s'exprimer correctement en Français et il s'intéresse de près à la culture de son ancien pays d'adoption. On s'étonne à peine quand il précise qu'il compte des ancêtres français dont l'un, le Marquis François De Lost, originaire semble-t-il de Savoie, était venu en Croatie au début du 19ème siècle dans le sillage des armées napoléoniennes venu conquérir le pays. "Il y a marié une femme d'origine italienne puis il a disparu lors de la campagne de Russie. Mais il a eu des enfants dont l'une des descendantes était la mère de mon père. Le blason de la famille De Lost comportait une échelle et la devise était 'On échelle'."

Véritable mécène, Ante n'hésite pas à payer de sa poche pour faire traduire en Croate des auteurs français et à publier de nombreux ouvrages à Zagreb. "Le dernier traite de la Guerre de Cent ans, un autre sur les Quatre Mousquetaires, cela intéresse beaucoup les gens chez nous" précise-t-il. Il connait force détails des faits d'armes de grands Chevaliers français, comme le Dauphinois Pierre Terrail, Chevalier de Bayard, ou Bertrand du Guesclin et il évoque les noms parfois étranges des armes terrifiantes utilisés par les guerriers de cette époque mouvementée.

Pas étonnant dans ces conditions qu'Ivica soit lui aussi passionné par l'histoire des grandes guerres et des grandes armées ce qui l'amène parfois à se considérer en campagne lors de ses batailles contre les piquets de slalom.

Il faut espérer pour lui qu'il pourra cette fois-ci aller jusqu'au bout de son combat pacifique.

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