Voyage, voyage... 23/11/2009,16:23

Patrick Lang – Carnet de bord - Moscou, Aéroport de Domodedovo - Cela vaudrait la peine de faire le calcul : pendant une saison, les skieurs de la Coupe du Monde passent à mon avis plus de temps sur les routes, dans les aéroports et les avions que sur les pistes de ski ! A la fin d'une carrière bien remplie, un coureur de bon niveau se sera rendu une dizaine de fois en Amérique du Nord, et presque aussi souvent dans l'hémisphère sud pendant la période des entraînements sur neige. S'y ajoutent des déplacements réguliers en Scandinavie, en Slovénie ou en Croatie, quelques incursions en Espagne ou en Bulgarie et voici des dizaines de milliers de 'miles' accumulées sur les diverses cartes de fidélité émises par les grandes compagnies mondiales.

"J'espère que l'avion ne sera pas trop plein, c'est un long vol pour nous " me confiait Sandrine Aubert avant de partir dimanche matin vers les Etats-Unis où auront lieu ses prochaines courses. "Je pars pour Washington puis de là vers le Colorado. Avec un peu de chance l'agent de voyage de la FIS réussira à nous surclasser." Je lui parle des sièges plus spacieux situés dans les rangées de secours qu'il s'agit cependant de demander au personnel d'escale au moment de l'enregistrement. "Ah, je ne savais pas, je vais voir cela pour la prochaine fois" me répondit la gracieuse française que j'avais saluée plus tôt par un " Bonjour la sauterelle " très irrévérencieux!

Ana Jelusic, qui a bien failli ne pas courir à Moscou en raison de manque de visa – les Croates n'en ont en principe pas besoin, il leur suffit de produire une lettre d'invitation d'une organisation russe reconnue, mais le préposé de l'immigration ne voulait pas reconnaître la sienne sur laquelle manquait un tampon 'officiel' – s'envole pour sa part pour Frankfurt puis de là pour Denver.

Le bon choix pour Jelusic.

C'est le meilleur choix car l'immigration y est plus rapide en raison du faible nombre de vols venant d'Europe, par contre les avions de sa compagnie ne sont pas particulièrement confortables en raison de l'étroitesse des sièges. Les Italiens retournent chez eux pour un énième stage sur neige – à Alta Badia où se disputera dans un mois seulement le prochain slalom. Il en va de même pour les slalomeurs autrichiens ou français.
Mike Kirtesz, responsable FIS de l'organisation dans les aires d'arrivées, est lui aussi parti pour Frankfurt d'où il prendra la correspondance pour Calgary. C'est presque incroyable de penser qu'il sera à Lake Louise dès le soir, deux jours avant les spécialistes de vitesse qualifiés pour la première descente de samedi prochain.

Ce véritable 'éclatement' tout azimut du groupe des athlètes du 'Cirque Blanc' qui vont bientôt se retrouver ici ou là – Beaver Creek, Val d'Isère ou Badia – m'épate toujours. La prochaine fois que je reverrai Mike (Janyk) 'JB' (Grange) ou Giorgio (Rocca) nous nous saluerons d'un simple " Ca va, quoi ne neuf ? " comme si nous étions quittés la veille ou la semaine passée. Les coureurs reconnaissent ceux qui ressemblent aux 'suiveurs' du Tour de France parmi la masse des reporters en déplacement course après course. Ils se sentent parfois plus proches d'eux et plus enclin à la confidence quand c'est nécessaire.

La plupart du temps, il n'est alors pas question de neige ou du ski, mais plutôt de la famille, des prochaines vacances, des projets prévus ou d'un bon restaurant à découvrir. " J'en connais un d'excellent près de Reggio Emilia " me disait ainsi un coureur italien l'autre jour. " Il est en pleine montagne et s'appelle chez 'Mama Razzoli' – je ne peux que le recommander mais c'est seulement sur invitation " ajoutait le champion malicieux avec un clin d'œil.

Les anecdotes liés aux déplacements des 'pèlerins' de la Coupe du Monde sont innombrables et mériteraient même un livre ! Les plus savoureuses remontent peut-être aux premières années de la 'Tournée Américaine', au milieu des années 60 quand les meilleures formations du Vieux Continent étaient invités en mars aux USA pour les premières compétitions par équipes organisées par Bob Beattie, alors directeur de l'équipe US.

La 'Bande à Bonnet'.

Les membres de la 'Bande à Bonnet' (sic) étaient particulièrement redoutables, surtout sur le vol du retour du Far-West quand l'un ou l'autre des coureurs emportait avec lui en cabine soit une boite de cartouches pour la Winchester 30-30 qu'il venait de s'acheter entre deux courses, soit un baril de poudre noire de 1ère qualité indispensable pour en fabriquer de plus performantes à la maison.

Incroyables aussi les histoires liées aux conditions de voyages de certains coureurs qui se déplaçaient carrément sans billets ou sous un nom d'emprunt à l'intérieur des USA quand il s'agissait de changer d'itinéraire au dernier moment. C'était un des 'trucs' préférés de l'agent de voyage en charge du circuit qui cherchait toujours à 'arranger les bidons' ou a rendre service quand un coureur désirait un 'extra' sous forme d'un crochet vers une destination non prévue au programme de départ.

Inutile de dire que ces 'déviations' ne sont plus possibles depuis 9/11 – le 11 septembre 2001, puisque les passagers doivent maintenant montrer partout une carte d'identité lors de leur embarquement !

Plus d'une fois ces coureurs intrépides voyageant sous un faux nom se sont retrouvés coincés pour une raison ou une autre dans un aéroport – voire interrogés par des agents du FBI bien étonnés de ces pratiques pour le moins surprenantes. Heureusement, un coup de fil au coordinateur des voyages permettaient de les tirer de justesse de ces mauvais pas. Parfois cela se compliquait pour des auteurs d'infraction plus grave – comme celle de fumer dans les toilettes, une 'offense fédérale' aux Etats-Unis. Helmut Girardelli, le père du quintuple vainqueur de la Coupe du Monde Marc, en fit ainsi une fois l'amère expérience lors d'un de ses voyages en Amérique du Nord.

Il fut ensuite attendu à sa descente d'avion par les agents fédéraux et longuement interrogé par eux. Il lui arrivait aussi de ne plus avoir son document d'immigration avec lui en passant la frontière US après un crochet par le Canada. Il l'avait rendu lors de sa sortie précédente en allant au Canada et devait donc refaire toutes les formalités lors de son passage à un des douanes routières de l'Etat du Maine, avant les dernières courses de la saison.

Etrange record !

Comment oublier le premier véritable tour du monde effectué par un groupe de journalistes français à l'occasion des JO de Sapporo de 1972. Parmi eux, des personnages désormais légendaires comme l'ami Thierry Roland qui nous faisait bien rire avec ses imitations du Général de Gaulle, ainsi que les plus fines plumes de la presse parisienne, alors très fidèles au circuit mondial.

La Coupe du Monde se terminait ensuite en Amérique du Nord, si bien que nous eûmes l'occasion de faire une petite étape plus qu'agréable à Hawaii – où nous retrouvions d'ailleurs une partie de l'équipe suisse qui avait du faire escale à Honolulu à la suite d'une panne d'avion.

Par contre l'année suivante, tous les coureurs du circuit se sont retrouvés sous les palmiers après la première étape de la Coupe du Monde à Naeba, au Japon, les finales ayant ensuite lieu en Californie. Parmi les athlètes, Christine Rolland, la maman de Florine Deleymarie, et des vedettes établies comme la charmante Patricia Emonet, la meilleure spécialiste de slalom de la saison 1973. Ce fut amusant de leur montrer les immenses plantations d'ananas et les belles chutes d'eau de l'intérieur de l'ile d'Ohahu.

Avec l'arrivée du Japon parmi les pays organisateurs, la Coupe du Monde atteignait un nouveau niveau qui ne fut dépassé que bien plus tard lors des premières étapes dans l'hémisphère sud – d'abord à Las Lenas en Argentine en 1985 et 1986, puis à Thredbo et Mt Hutt, en Australie et Nouvelle Zélande en 1989 et 1990.

Dans les années 70 les saisons se terminaient souvent fin mars après une série de visite dans de nombreux pays lointains. En 1977, le tour final passait notamment par le Japon, l'Amérique du Nord, la Scandinavie avant de se conclure à Sierra Nevada, en Andalousie. En tout nous avons décollé et atterri 34 fois en six ou sept semaines – un record qui reste inégalé !

Plus de vingt pays ont accueilli la Coupe du Monde depuis 1967 et d'autres sont déjà en attente – la Russie sera le prochain à l'occasion des pré-olympiques de Sotchi en attendant bien d'autres... Les skieurs n'ont pas fini de faire le tour de la terre.

réagir | links (0) | print | Partager
Ski-nordique